Juste une parenthèse avant de vous mettre la suite (puisqu'elle est si demandée !!^^) : merci de me prendre comme je suis, et de comprendre. Vos coms m'ont mis de bonne humeur tiens, c'est pourquoi je vais vous mettre le chapitre entier, qui n'est pas long vu que c'est une nouvelle. Bonne lecture !!!
Chapitre 2 : 18
La tête appuyée sur sa main, elle regardait d'un ½il vague la prof de philo gesticuler devant le tableau. Son esprit vagabondait dans d'autres sphères. Oh elle n'avait pas besoin d'aller bien loin pour s'évader ... Pas de paysages magnifiques, de jardins splendides ... Pas non plus de boutiques à la mode, ou de loges de célébrités ... Non, pour rêver elle n'avait qu'à sortir de la salle de philo, descendre deux escaliers, prendre à droite, longer le couloir pour entrer dans la dernière salle, et aller s'asseoir au fond de la classe. Et là ... l'écouter parler, le regarder. S'emplir de lui, se saouler de lui, jusqu'à avoir l'impression qu'il n'y avait que lui, qu'il n'y avait jamais eu que lui, et qu'il n'y aurait jamais que lui. Passer le restant de sa vie à plonger ses yeux dans les siens, à attendre qu'il lui offre un mot, un sourire, qu'il prononce son prénom ... Il ne lui en fallait pas plus pour être heureuse. Elle s'était toujours contentée de peu, c'était sa grande force. Elle s'en était rendue compte depuis longtemps, mais aujourd'hui cela prenait toute sa signification. En effet, comment aurait elle pu supporter cet amour impossible si un seul regard n'aurait suffit à la satisfaire ? Enfin satisfaire ...
« Eh, tu rêve ? » lui demanda sa voisine avec un sourire.
« Je sais de qui tu rêve ... » Le sourire s'accentua. Elle y répondit avec un clin d'½il.
« Alors, comment va notre beau prof de math ?
- Très bien merci. Il te souhaite le bonjour.
- Et je suis conviée au mariage j'espère ?
- Mais oui bien sûr, dés qu'il aura divorcé, on t'invite à venir nous aider pour fleurir l'église.
- Mesdemoiselles, serait-ce possible d'avoir un peu de votre attention, ou est-ce trop demander ? » Les deux jeunes filles baissèrent les yeux en reprenant leur stylo d'un même geste. Deux minutes plus tard la conversation reprenait, un ton plus bas.
« Sérieusement, tu aimerais qu'il la quitte pour toi ? » Sérieusement ... quel sérieux espérait-elle obtenir ? Pouvait-elle réellement lui répondre ce qu'elle ressentait? Pouvait-elle lui dire que la bête qui sommeillait au fond d'elle, égoïste et passionnée, criait oui de toutes ses forces ?
« Bien sûr que non. Je ne suis pas une briseuse de ménage. De toute façon, la question est réglée d'avance, puisqu'il ne m'aime pas ... »
« Je l'aime. » L'une des phrases les plus courtes qu'on puisse formuler pris une ampleur énorme par le silence qui la suivit. Sous la table sa jambe tremblait nerveusement, tandis que ses mains restaient bien sagement croisées sur la surface de bois. Son collègue cligna plusieurs fois des yeux. Il s'attendait presque à voir sa bouche s'ouvrir en grand, comme dans les mauvaises séries télévisées ou les dessins animés. Mais l'autre se contenta de renifler en rejetant sa tête en arrière, avant de balbutier :
« Toi, tu... tu ... es amoureux d'une ... élève ? » Le « toi » lui fit froncer les sourcils.
« C'est si incroyable ?
- Mais tu es si distant ... s'enflamma l'autre. Tu les regarde toujours comme des outils de travail ... Je n'ai jamais vu quelqu'un qui réussissait à être normal et sympa en cours, et qui pourtant ne s'attachait jamais à ses élèves. » C'était vrai. Il ne s'était jamais attaché. Dés sa première année, il avait creusé ce fossé entre lui et les jeunes. Quand on sait qu'on ne les côtoiera qu'un an, et qu'après on ne les reverra jamais, mieux vaut ne pas s'attacher. Des « outils de travail » ? Est-ce qu'il ne les voyait réellement que comme ça ? Oui. Mais pas cette fois.
« Pas cette fois. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais elle ... » Oh bon sang mais quel était le problème ? Qu'avait-elle ? Qu'avait-il ? Avait-il tant vieilli qu'il n'arrivait plus à rester à sa place, là-haut, loin de tous ces gamins ?
« Et ta femme ?
- Quoi ? Je l'aime bien sûr. Tu sais combien ... De toute évidence les amours marchent comme toute quantité : 1+1=2. » Cette analyse mathématique fit sourire le prof d'anglais qui lui faisait face.
« Bien, alors il n'y a pas de problème. Tu n'as plus qu'à attendre qu'elle passe son bac. Out of sight, out of mind." Devant son regard interrogateur, il traduisit :
“ Loin des yeux, loin du coeur. Tu n'as plus qu'à attendre que cet amour s'annule de lui-même. 2-1=1 non ? Et alors, plus de problème. » Il esquissa un sourire pour toute réponse. Mais dans sa tête une petite voix murmurait « pas si sûr. »
« Bon, merci de m'avoir écouté. On en reparle plus tard, j'ai un cours et je suis déjà en retard.
- Quand tu veux. Et ne t'inquiète pas, ça ne sortira pas d'ici. » Il embrassa la salle des profs du regard. Ce n'était pas vraiment l'endroit le plus indiqué pour que sa confession y demeure.
« A la réflexion je préférais que ça sorte en même temps que toi ... » L'autre éclata de rire.
« T'inquiète va ... Cette salle en a entendu d'autres ... Les murs sont devenus sourds et muets depuis un bon moment ! » Il reprit son sérieux, les yeux toujours malicieux. « Mais j'ai compris. Personne n'en saura rien. » Ils se serrèrent la main et il sortit. La sonnerie avait retentit depuis quinze minutes, il n'y avait plus personne dans les couloirs. Il monta l'escalier sans se presser, tourna à droite et longea le couloir jusqu'à la dernière salle. Elle attendait, appuyée contre le radiateur, entourée des autres, seule a afficher un sourire radieux. Apparemment son arrivée décevait six espoirs, mais, et ce fut cela qui accéléra les battements de son c½ur, elle en comblait un septième.